Petite histoire Soufie

Un vieil homme était assis à l’entrée d’une ville. Un étranger venu de loin s’approche et lui demande:

« Je ne connais pas cette cité. Comment sont les gens qui vivent ici ? »

Le vieil homme lui répond par une question :

« Comment sont les habitants de la ville d’où tu viens ? »

« Égoïstes et méchants, lui dit l’étranger. C’est pour ça que je suis parti. »

« Tu trouveras les mêmes ici », lui répond le vieillard.

Un peu plus tard, un autre étranger s’approche du vieil homme.

« Je viens de loin, lui dit-il. Dis-moi, comment sont les gens qui vivent ici ? »

Le vieil homme lui répond :

« Comment sont les habitants de la ville d’où tu viens ? »

« Bons et accueillants, lui dit l’étranger. J’avais de nombreux amis, j’ai eu de la peine à les quitter. »

Le vieil homme lui sourit :

« Tu trouveras les mêmes ici. »

Un vendeur de chameaux avait suivi les deux scènes de loin. Il s’approche du vieillard :

« Comment peux-tu dire à ces deux étrangers deux choses opposées ? »

Et le vieillard lui répond :

« Parce que chacun porte son univers dans son cœur. Le regard que nous portons sur le monde n’est pas le monde lui-même, mais le monde tel que nous le percevons. Un homme heureux quelque part sera heureux partout. Un homme malheureux quelque part sera malheureux partout. »

Une telle conception du bonheur est aux antipodes de celle qui domine aujourd’hui dans les sociétés occidentales : on y vante sans cesse un pseudo-bonheur narcissique lié à l’apparence et au succès, on nous vend, à longueur de publicités, un « bonheur » se limitant en réalité à la satisfaction immédiate de nos besoins les plus égoïstes. On évoque des « moments de bonheur », alors que pour les philosophes et les sages, le bonheur ne peut être fugace, c’est un état durable, l’aboutissement d’un travail, d’une volonté, d’un effort. En fait, nous confondons plaisir et bonheur et nous sommes bien davantage en quête de plaisirs sans cesse renouvelés que d’un bonheur profond et durable.

Tiré du livre « La puissance de la joie » par Frédéric Lenoir.

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