La première ferme hydrolienne au monde mise à l’eau

En Bretagne, EDF et DCNS ont immergé mercredi la première des deux hydroliennes qui exploiteront les forts courants en face de l’île de Bréhat. D’autres projets suivront.

C’est une pièce de 1000 tonnes d’acier d’un diamètre de 16 mètres qu’une barge spécialisée a déposé mercredi par 40 mètres de fonds en face de la commune de Ploubazlanec et de l’île de Bréhat (Côtes d’Armor). Il a fallu moins d’une heure à l’équipage d’une vingtaine d’hommes malgré les conditions de mer hivernales. DCNS a ainsi validé son système de dépose et de remontée des hydroliennes. Le constructeur anticipe les questions de maintenance de turbines fonctionnant dans un univers salé très corrosif et qu’il faudra donc inspecter et réparer régulièrement. Le rotor est en effet simplement posé sur un lourd pied en acier qui rend inutile tout scellement de l’unité au sol. Une deuxième machine sera installée au printemps, dans des conditions plus clémentes, parce qu’il faudra alors que des plongeurs procèdent au raccordement des hydroliennes à un convertisseur de courant continu puis au câblage avec le transformateur EDF installé à terre sur le parking de l’anse de Launay. Le parc –premier au monde– aura une puissance totale de un Mégawatt (MW).

« C’est un prototype grandeur nature qui préfigure une production industrielle », affirme-t-on à DCNS. Les hydroliennes ont été construites à Cherbourg, sur le site de fabrication des sous-marins militaires. Les machines-outils servant à la fabrication des coques vont donc également servir à la production en chaîne de ces turbines. Pour tester des conditions différentes de houle et de courant, deux hydroliennes du même type vont être descendues au printemps dans la baie de Fundy, au Canada, là où l’on trouve les marées les plus hautes du monde. Une expérimentation qui est surtout une démonstration de savoir-faire en direction d’un marché international en gestation.

Des technologies en concurrence

Un autre parc, autrement ambitieux, aura pour cadre le « Raz Blanchard » à la pointe ouest du Cotentin. Là, les courants sont bien plus forts qu’en Bretagne nord et c’est donc le site idéal pour entamer une production industrielle. En 2014, deux projets hydroliens concurrents ont reçu un soutien de 210 millions d’euros sur 20 ans dans le cadre des programmes d’investissement d’avenir (PIA). DCNS et EDF Energies nouvelles poseront par 55m de fond 7 hydroliennes de 2MW de puissance chacune. La mise en service est prévue pour 2018.

C’est une autre piste qui sera testée au même endroit par Alstom et Engie (ex GDF-Suez). Pour s’affranchir de la délicate question de la maintenance, Alstom a imaginé placer des turbines amovibles sur un pied fixé au sol. Les « Océades » sont actuellement en test sur le site européen des énergies marines, EMEC, situé en Ecosse. En 2017, quatre « Océades » de 1,4MW commenceront à produire de quoi alimenter 5000 personnes en électricité. Dans un avenir beaucoup plus lointain, les constructeurs estiment pouvoir installer plus de 150 machines sur le raz Blanchard.

Le projet hydrolien d'Alstom au Raz Blanchard

Ces gros industriels ne sont cependant pas les premiers à avoir installé avec succès une hydrolienne. Le 25 juin 2015, la PME quimpéroise Sabella a immergé la première hydrolienne productive au monde à 2 km de l’île d’Ouessant dans le courant du Fromveur. Au contraire des grandes entreprises visant une production de masse, Sabella s’intéresse au marché des petites îles cherchant à se débarrasser des générateurs au fuel pour produire leur électricité et à gagner leur autonomie. Depuis novembre dernier, Sabella est raccordée à l’île d’Ouessant où elle fournit 15% des besoins, soit 300 000 litres de pétrole économisés sur les 2 millions consommés tous les ans par l’île. En 2019, deux autres machines devraient permettre de couvrir la moitié des besoins.

Source: La première ferme hydrolienne au monde mise à l’eau

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